lundi 14 novembre 2011

Loeb est champion du monde faute de combattants


La Citroën championne du monde 2011 © Citroën Sports

On ne voudrait pas gâcher la fête. Celle de Sébastien Loeb couronné champion du monde des rallyes pour la huitième année consécutive, comme celle des médias qui l’ont encensé tout au long du week-end dernier. Mais quand même. Considérer que l’Alsacien est un très grand pilote – ce que nous confirmons pour l’avoir vu survoler du bout du volant quelques arpents d’asphalte – est une chose. Expliquer que pour l’ex-gymnaste, la bataille est chaque année plus rude au moment où il enfile son casque pour grimper dans sa Citroën, en est une autre. Il suffit d’examiner le plateau des autos au début de chaque rallye pour s’en convaincre. Car il n’y a, en tout et pour tout, que deux constructeurs engagés dans le championnat du monde WRC : l’américain Ford et le français Citroën. Avec leurs budgets « usine » les deux constructeurs se battent pour le titre et sont bien les seuls. Sébastien Loeb a donc chaque année une chance sur deux d’être champion du monde. Ce qui est assez rare dans une discipline sportive.

Une chance sur deux d'être sacré champion

Évidemment, des dizaines d’autres voitures sont inscrites et assurent le spectacle derrière les voitures de tête. Mais ce sont des teams privés qui, parfois, ont du mal à joindre les deux bouts. Comme celui de Petter Solberg. Le Norvégien a même failli annuler sa participation au dernier rallye de la saison, celui de Grande-Bretagne, faute de budget. Un rallye qu’il a couru sans beaucoup de sous, sans beaucoup de mécanos, en faisant tout le boulot : celui de coach, de directeur d’écurie et, bien sûr, de pilote. Du bricolage qui lui a néanmoins permis de terminer la saison à la quatrième place du championnat du monde des constructeurs, c’est dire la richesse du plateau engagé. Inutile de préciser que Ford et Citroën sont réciproquement deuxième et premier du championnat en question.

Le rallye ? Dix fois moins cher que la F1. Et dix fois moins médiatisé

Du coup, on se pose la question : pourquoi la très grosse majorité des constructeurs se détourne-elle du rallye ? La discipline est pourtant beaucoup plus spectaculaire que la Formule 1, où celui qui gagne est souvent celui qui fait le plus rapidement son plein d’essence. De plus le WRC (Word Rally Championship) traverse des paysages soufflants et, dans tous les cas, beaucoup plus agréables à regarder à la télé qu’un circuit de Formule 1. Mais la télé, justement, le rallye n’y a pas droit. Pas le dimanche après-midi en tout cas. Tout au plus, voit-on passer quelques brèves images dans nos JT, en cas de victoire de Sébastien Loeb. Ou alors, en forme de résumé, tard dans la soirée. C’est ce qui explique le désamour des constructeurs, qui préfèrent engloutir plus de 300 millions d’euros chaque année dans le grand cirque de la Formule 1. Au lieu d’en consacrer 35 (c’est le budget estimé de Citroën Sport) au rallye. Une opération dix fois moins chère et dix fois moins médiatisée. Sauf lorsque l’on s’obstine, comme les Chevrons. Sauf lorsque l’on est assez malin pour exploiter l’image de son pilote dans toute sa communication. Sauf si l’on parvient à faire croire à tous, que c’est super dur d’être champion du monde. Et que pour y parvenir, il faut se battre contre le monde entier. La rentabilité de cet engagement est tellement énorme, qu’il donne des envies à Volkswagen d’y aller lui aussi. L’Allemand, qui est le deuxième constructeur mondial, pourrait bien s’engager officiellement dans la course, suivi du petit japonais Subaru. Du coup, l’an prochain, si Sébastien Loeb remporte un neuvième titre, celui-ci sera un peu plus mérité.

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